Saint Georges et saint Michel, les faux frères

 

Entre saint Georges et saint Michel, un combat fratricide

Pour celui qui s’intéresse à cette iconographie, saint Michel, c’est presque le frère jumeau, on peut les confondre si on ne fait pas attention, lui aussi terrasse le dragon, lui aussi est souvent en cuirasse, lui aussi a souvent un beau visage presqu’androgyne. Mais il y a une première différence qui saute aux yeux :  saint Michel a des ailes.

La compétition entre eux fait rage depuis des siècles : quel est le saint le plus vénéré, le plus attesté, quel est celui dont les images sont les plus nombreuses...

 

Michel

Le grand cousin Michel a de gros atouts. D'abord, il est un pur produit chrétien.

Il a bien sûr le fameux Mont en Normandie, ses galettes, son boulevard à Paris, à Bruxelles, son quartier à Québec, à Montréal, à Monaco, à Bordeaux, à Toulouse mais aussi à Buenos-Aires ou à La Havane, et des villages et des églises dans presque chaque département français, en Europe, en Afrique, au Moyen Orient, en Amérique du Nord et du Sud (San Miguel, San Michele, Sankt Michael...).

 

Saint Georges a lui aussi sa station de métro et quantité d’atouts bien sûr, mais sa force vient d’ailleurs.

 

La grande différence avec Georges, c’est que Michel est un saint, un vrai. Il a un pédigrée solide : on le cite plusieurs fois dans l’Ancien Testament où il guide Noé, retient le bras d’Abraham au sacrifice d’Isaac. Egalement dans le nouveau Testament, à l'Apocalypse, c'est lui qui combat le puissant dragon avec ses Anges. On le trouve aussi cité une fois dans le Coran. Il est donc respecté des juifs, des musulmans et les chrétiens.

Il n’a pas d’identité humaine mais clairement céleste. Et puis la religion chrétienne a besoin de ces créatures ailées pour annoncer, pour protéger, en tout cas pour être l’intermédiaire entre Dieu et les hommes.

Et Michel a le statut très convoité d’Archange, et à ce titre il a toujours de plus grandes ailes que les autres. C’est même lui le patron de tous les anges. Quand on fait appel à lui en particulier, c’est souvent pour chasser les démons. On dit par exemple que c’est lui qui a expulsé le démon du Paradis. Et on raconte qu’à la fin des temps c’est encore lui qui viendra réveiller tous les morts, pour faire le tri entre les bons et les méchants, c’est pour ça qu’on le représente souvent avec une balance à la main.

Georges

A côté, Georges pourrait faire piètre figure, avec une hypothétique existence humaine, il ressemblerait plutôt à un bâtard.

Il n’est attesté dans aucun des grands livres saints

Mais l’histoire va montrer que malgré cela, souvent, c’est lui, selon moi, qui va sortir vainqueur de cette lutte fratricide.

 

Une employée de la basilique St Sernin à Toulouse, préposée aux cartes postales m’a dit, en février 2016, « Saint Georges, en fait, c’est un saint Michel, mais pour les gens ! ». Ses paroles sont très justes ! Ce qu’une spécialiste des mythes, Anne-Véronique Caillat précise magnifiquement en écrivant à propos des mythes justement, qu'ils  " endossent les costumes de l’histoire". C'est exactement le parcours de  saint Georges depuis la fin du 1er millénaire.

 

Comme si saint Michel était resté dans les nimbes d’un monde sacré mais figé et lointain, alors que saint Georges, dépourvu d'ailes, fait définitivement partie de ce monde d’en bas, imparfait, incertain, qui demande de s’adapter sans cesse aux réalités nouvelles. Ce qui le rend infiniment plus proche des humains que saint Michel.

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